L’heure est arrivée, je me dirige
pour la dernière fois rendre visite à Rodrigue ; une dernière petite
mise au point afin de vérifier qu’il a bien appris sa leçon. Je réalise
que je ne sais même pas qui il est, comment c’est passé son enfance,
Quels ont été ces joies et ses
chagrins ! ! !
Je décide de profiter de ce dernier
instant pour le connaître Lui et non le meurtrier ; cela devrait
m’être utile pour le procès.
Sur ces questions, me voici déjà aux
portes de la prison ; je sonne, un des matons vient m’ouvrir, me fait
passer par la salle de fouille sans s’y atteler, puis le parloir, Rodrigue
n’est pas encore arrivé, c’est étrange, il a toujours été là le
premier ;
J’espère qu’il ne lui ai rien
arrivé ; pfffff je suis ridicule, si cela avait été le cas, les
matons me l’auraient dit ! ! !
Un soulagement, Rodrigue arrive,
toujours aussi souriant, je discerne même une certaine satisfaction dans
son attitude ;
Pourquoi est il aussi serein d’un
seul coup ?
*****
Rodrigue :
bonjour Franck, tu vas être fier de moi, j’ai répété toute la scène des
dizaines de fois ; je connais chaque mots par cœur, ainsi que toutes
les émotions que je devrai faire paraître.
Franck : je
savais tu pouvais y arriver, j’en suis très heureux, vraiment très
heureux !
J’aimerais te demander encore une
petite chose.
Rodrigue : nous
sommes amis maintenant, tu peux tout me demander, vas y Franck.
Franck : hé
bien voilà, nous nous sommes beaucoup parlé ces derniers temps ; je
sais ce que tu as fais et pourquoi tu l’as fais ; mais finalement je
ne te connais pas réellement, raconte moi qu’elle a été ton enfance, ce
que tu as vécu, et ce qui d’après toi ta conduit là ou tu es
maintenant.
Rodrigue : ta
question me fait énormément plaisir Franck .
Tout le monde pense que je suis un
monstre, donc que je suis né ainsi ; mais c’est beaucoup plus
compliqué que cela ; à mon avis, je suis parvenu à ces viols petit à
petit, sans m’en rendre compte ; pourtant j’ai eu une enfance
normale, mes parents étaient très gentils avec moi, ils me donnaient
beaucoup d’amour et d’attention ; mon adolescence c’est déroulée sans
grande difficulté, je n’étais pas un play-boy mais j’ai eu plusieurs
aventures, bien que toujours insatisfait, j’en recherchais toujours une
autre, puis une autre, encore une autre ; il me fallait en permanence
une nouvelle conquête, comme ci cela eut été vital pour ma survie.
Franchement je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas d’ou vient se besoin,
cette obsession. Tout ce que je sais, c’est que, si je me retrouve sans
nouvelle preuve d’amour, je perds progressivement confiance en moi et mon
esprit s’évade de plus en plus vers l’irrationnel.
Pendant des années j’ai pu assouvir
se besoin, jusqu’au jour fatidique ou je suis resté privé de nouveaux
amours pendant une longue période ; c’est à ce moment que tout a
basculé ; les filles avec qui je faisaient l’amour étaient
satisfaites de moi, alors je me suis dit, les filles que tu rencontres
dans la rue se refusent à toi car elles ne savent pas que tu es doux,
gentils et passionnés. Alors il ne me restait plus qu’à rechercher une
femme qui me plaisait, la forcée un peu au début, lui donner du plaisir et
de la tendresse, ensuite elle se rendrait compte par elle même de qui je
suis vraiment et tout se passerait bien ; nous pourrions même rester
amis ensuite ; mais ca ne c’est jamais passé comme çà !
A chaque fois que j’attrapais une
fille, j’avais beau me montrer aimant avec elle, je ne recevais que cris,
coups et insultes ; je ne tombais jamais sur la femme idéale qui
saurait m’apprécié à ma juste valeur.
Donc cela se terminait
systématiquement très mal ; je devais les frapper pour les faire
taire. J’ai fais l’amour à une quinzaine de fille ainsi jusqu’au moment ou
la police m’a arrêté !
J’ai passé cinq ans en prison, se fut
très dure pour moi, les autres détenus m’ont fait beaucoup de mal puis je
suis ressorti de cet enfer.
A ma sortie de prison j’ai travaillé
comme manutentionnaire dans une usine de moutarde ; tout allait bien
pour moi, quand soudain je ressentis le même désir, la même
pulsion ;
Je venais de voir ta
femme !
*****
Cinq ans de prison pour quinze vies
gâchées ! ! !
J’écoutais sa plaidoirie pathétique
et je ne ressentis à aucun moment le moindre remord vis à vis de ses
victimes.
Etait il vraiment malade, ou tout
simplement une erreur de la nature, à moins que ce soit la nature humaine
qui soit une gigantesque erreur !
Non, je dois me ressaisir, l’humanité
est le résultat d’une multitude d’individus qui ensembles ont su refouler
leur instincts primitifs et bestiales.
Non, mon Anaïs faisait parti de cet
ensemble, rejeté l’humanité serait la rejeté Elle.
Mais pourquoi ces pensées, je perds
la tête ou quoi ?
Je dois me concentré et revenir
devant cet homme.
*****
Franck : merci
pour m’avoir parlé de toi, cela sera plus facile pour moi, de t’aider lors
du jugement.
Rodrigue : à
ton tour Franck, qui es tu ?
Franck : aimes
tu les devinettes Rodrigue ?
Rodrigue : ca
dépend, pourquoi tu me dis çà ?
Franck : tu vas
devoir deviner qui je suis, et pour cela je vais te donner une
énigme à résoudre!
-
Mon premier a
laisser l’osiria mourir
-
Mon deuxième est
décédé à 2h du matin
-
Mon troisième
est celui par qui la 17éme ne sera jamais.
-
Qui suis
je ?
Rodrigue : je
n’y comprend rien Franck, c’est quoi l’osiria, c’est trop compliqué, dis
moi.
Franck : tu as
jusqu’à la fin du procès pour trouver la solution, fautes de quoi, je te
l’annoncerai au moment ou je poserai ma main sur ton épaule.
Il est l’heure, bonne chance et à
jeudi.
Rodrigue : mais
Franck
*****
Sans le laisser finir sa phrase, je
me lève et me dirige loin, très loin de ce lieu qui fut pour moi un flot
de douleur et de souffrance.
C’est terminé, plus de visite avec
l’Autre ; encore 6 jours avant de dévoiler mon fardeau, mon
secret.