Je me rends à la prison ou l’Autre
attend son procès, et demande à le rencontrer. Apres plusieurs demandes,
son avocat accepte que je le rencontre, après lui avoir dit que je
pardonne son client (l’Autre). La visite est prévue jeudi à 15heure, je
dois donc attendre encore deux jours avant de rencontrer l’Autre. Mais
qu’ai je d’autre à faire maintenant ? Que peut faire un mort
d’ailleurs, si ce n’est que d’attendre la résurrection. Je reste cloîtré
chez moi, ne réponds à personne, je sort uniquement pour me rendre à
l’église ou je prie Dieu de me pardonner se secret qui sera si difficile à
porter.
Un journaliste ayant appris que
j’allais rendre visite à l’Autre, demande à me rencontrer, ce que
j’accepte avec plaisir.
Nous nous retrouvons dans un bars, et
il me pose la question que tout le monde peut se poser, pourquoi voulez
vous le rencontrer?
Je lui dis qu’étant chrétien, je
voulais pardonner à l’Autre, essayer de comprendre son geste, la raison
qui la poussée à commettre son crime. Je vois le journaliste blêmir au fur
et à mesure que je lui explique mes motivations ; soudain il se lève
et sans même me saluer s’en va. Il n’a pas du apprécier mon explication,
je finis mon café, puis rentre chez nous.
A l’approche de notre maison je sens
mon cœur se serrer, la maison est jolie à cette époque, les jardinets
d’Anaïs resplendissent de couleurs , je m’arrête près de l’un d’eux, c’est
celui qu’Anaïs préfère, il n’y a que des roses, des Osirias je crois, elle
les appelle les roses amours, un duo de blanc et de pourpre ou de pureté
et de passion. Elle était toujours triste de les voir se faner à
l’automne, elle me demandait souvent :
« dis, tu crois que notre amour
fanera aussi un jour ? », je lui répondait qu’il n’y aurait que
des printemps entre nous, elle ne les verra pas se faner cet automne,
l’émotion me gagne, je rentre à l’intérieure, je sent son odeur, son
parfum, je m’assois sur le canapé, les images que j’avais enfouis au plus
profond de mon être ressurgissent, son sourire endormi, son visage
effarouché, l’éclat de ses yeux, et le matin ou sa robe volait avant de
disparaître dans ce maudit taxi.
Je n’arrive plus à pleurer, suis je
réellement mort ?
Je m’allonge et m’endors en dessinant
acte après acte mon terrible secret.